Magazine
Álvaro Olmos Torrico à propos de «La Hija Cóndor»
À travers son histoire, portée par une actrice envoûtante, des paysages spectaculaires et des images de toute beauté, Álvaro Olmos Torrico célèbre la transmission et le courage d’écouter sa voix et de choisir sa voie, tout en exprimant les tensions entre traditions et modernité, médecines naturelles et modernes, campagnes et villes, anciennes et nouvelles générations. Le réalisateur bolivien nous explique l'origine de ce film magnifique.
Au cours d’un voyage à travers les montagnes, au cœur des Andes boliviennes, j’ai rencontré une sage-femme quechua. On m’a dit qu’elle était la dernière dans la région, ce qui a profondément retenu mon attention. Pendant un certain temps, je lui ai rendu visite régulièrement et j’ai appris à communiquer avec elle, principalement par des regards et des expressions. Peu de temps après, elle est décédée, et j’ai pris conscience du rôle vital que jouent les sages-femmes traditionnelles dans les cycles de naissance des communautés autochtones. Leur présence est essentielle à la transmission des valeurs traditionnelles et culturelles autochtones, même celles qui peuvent nous sembler contradictoires ou dépassées.
La Hija Cóndor a été tourné dans la même communauté où vivait cette sage-femme, au milieu des mêmes montagnes et des mêmes sentiers qu’elle avait l’habitude d’emprunter. L’écriture de ce film a été un intense parcours de recherche et de reconnexion avec la terre. C’est une histoire sur le temps, les regards, sur le bruit et le silence, sur la campagne et la ville, sur la vie et la mort.
Ce fut un moment très particulier de collaborer avec Nicolás Wong Díaz en tant que directeur de la photographie. Je pense qu’il a su saisir fidèlement l’essence même de ce que je voulais transmettre: ce clair-obscur délicat créé par la lumière filtrant à travers les fenêtres, mettant en valeur la texture et la peau des personnages pendant la nuit ou dans les scènes d’accouchement.
Je tiens à saluer l’engagement de la distribution composée d’acteur·trices non-professionnel·les qui ont participé au film, en particulier les deux protagonistes, qui n’avaient jamais joué auparavant et qui ont fait preuve d’un grand courage lors de scènes émotionnellement exigeantes et complexes tout au long du tournage. Leur travail remarquable nous a donné envie de collaborer à nouveau avec eux·elles sur de futurs projets.
Álvaro Olmos Torrico
Álvaro Olmos Torrico:
Álvaro Olmos Torrico est né à Cochabamba, au centre la Bolivie. Diplômé en sciences de la communication, il a gagné son premier prix en 2003 avec le court-métrage Sin Salida et il a fondé en 2007 la société de production Empatía Cinema, spécialisée dans les productions cinématographiques indépendan…
La Hija Cóndor
Article publié le 27. août 2026
Plus d'articles
Les lumières de Mumbai
Dans «All We Imagine as Light», son deuxième long-métrage récompensé du Grand Prix au Festival de Cannes 2024, Payal Kapadia raconte l’histoire de trois femmes employées dans un hôpital de la tourbillonnante ville de Mumbai. Grâce à son approche à la fois réaliste, sensorielle et lyrique, la réalisatrice indienne pose notre regard sur la condition féminine de son pays en ...
Fragements d'espoir aux quatre vents
Il était une fois en Somalie, dans un village battu par les vents, les trajectoires croisées de trois personnages. Tantôt fossoyeur, tantôt convoyeur de marchandises obscures, Mamargade enchaîne les petits boulots pour survivre. Auprès de lui vivent Cigaal, son jeune fils, et Araweelo, sa sœur en instance de divorce. Lorsque l’école du village ferme ses portes, Mamargade envoie ...
L'apartheid et l'exil en images inédites
Récompensé par l’Œil d’or à Cannes en 2024, le nouveau film de Raoul Peck redonne vie à Ernest Cole, photographe sud-africain de génie resté trop longtemps dans l’oubli. Il fut l’un des premiers à capturer le quotidien sous l’apartheid en Afrique du Sud. Il réunit alors ses images dans un ouvrage-clé, immédiatement interdit, avant de connaître la douleur de l’exil aux ...